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Comment faire quand je suis fatiguée de m'occuper des autres

Gérer la fatigue émotionnelle et la fatigue de l'empathie


Dans son livre ‘Plaidoyer pour l’altruisme’, Matthieu Ricard, qui a étudié la génétique cellulaire, moine bouddhiste et interprète français

du Dalaï-lama s’est tourné vers des équipes de chercheurs afin de décrypter les effets de la méditation sur le cerveau et en particulier ceux de la méditation par la compassion.

Dans cet article, je livre les passages importants pour comprendre en quoi ce type de méditation est aidante pour toute personne qui s'occupe des autres (c'est à dire chaque mère et père, chaque soignant, tout un chacun !).


Ce type de méditation permet d'activer des zones spécifiques du cerveau liées aux émotions positives et inversement de réduire l'activation des zones associées à des sentiments négatifs.


Les chercheurs ont également mis en évidence qu'elle possède des effets sur la stimulation du système immunitaire et sur la réduction de l'inflammation liée à l'interleukin-6 (en cause dans l'orage de cytokines qui entraîne le syndrome de détresse respiratoire lié au covid-19).

1. Pourquoi une méditation sur la compassion ?

'Seule l'empathie se fatigue, pas la compassion'.
Matthieu Ricard.

Des équipes de chercheurs composées de quelques uns des meilleurs spécialistes de l’étude des émotions - psychologues, chercheurs en neurosciences et philosophes - et sur l’impulsion du Dalaï-lama en 2000, ont mis en évidence suite à une série d’expérimentations sur 12 ans que ‘la méditation avait provoqué d’importants changements, tant fonctionnels que structuraux, dans le cerveau des pratiquants expérimentés, mais aussi que quelques semaines de méditation, à raison de trente minutes par jour, induisaient déjà des changements significatifs dans l’activité cérébrale, le système immunitaire, la qualité de l’attention et bien d’autres paramètres’.

En particulier, des méditations centrées sur l’amour altruiste et la compassion activent les aires cérébrales associées aux émotions positives, l’amour maternel et la préparation à l’action en général (aires promotrices).

Selon les méditants, la compassion engendre une attitude d’entière disponibilité qui prépare au passage à l’acte.


Ce type de méditation permet :

  • d'augmenter les émotions positives

  • d'augmenter le degré de satisfaction vis-à-vis de l’existence

  • d'éprouver d’avantage de joie, bienveillance, gratitude, espoir et enthousiasme

  • de renforcer le système immunitaire et de baisser le taux d’interleukin-6 liée au processus inflammatoire.

  • de diminuer les humeurs négatives.


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2. Empathie ou compassion et auto-compassion : explications neurologiques

a. À la base de l’intelligence émotionnelle : comprendre ce qui se passe


Qu’entend-t-on par compassion et quelle est la différence avec l’empathie ?

Dans son livre, Matthieu Ricard donne une lecture proposée par la neuroscientifique Tania Singer, directrice de l’institut Max-Planck des neurosciences de Leipzig et de la philosophe Frédérique de Vignemont, qu’elles fondent sur l’étude du cerveau et qui se distingue selon trois états :

  • La contagion émotionnelle : lorsque la personne a du mal à distinguer clairement ses émotions de celles des autres et est submergée par les émotions, sans savoir que c’est l’autre qui les provoque, ni être vraiment conscient de ce qui lui arrive. ‘Je ressens un sentiment à votre égard’ => contagion émotionnelle.

  • L’empathie : imagination de l’état affectif de l’autre et qui implique la prise de conscience que c’est bien l’autre qui est la source de notre état affectif (je ne confonds pas mes sentiments avec les siens). Dès le moment où on pense ‘Je suis anxieux parce qu’il est anxieux’, on ne parle plus de contagion émotionnelle mais d’empathie, de résonance affective consciente. ‘Je vous comprends’ => empathie.

  • La compassion : la motivation altruiste d’intervenir en faveur de celui qui souffre ou est dans le besoin. Prise de conscience profonde de la souffrance de l’autre, couplée au désir de la soulager et de faire quelque chose pour son bien. Elle implique un sentiment chaleureux et sincère de sollicitude mais n’exige pas que l’on ressente la souffrance de l’autre. ‘Je veux vous aider’ => compassion.


Il ajoute l'approche cognitive seule qui permet une compréhension de ce qui se passe pour l’autre sans la composante affective, sans ressenti.


Or les équipes de Tania Singer ont montré que l’empathie, la compassion et la prise de perspective cognitive reposent toutes sur des bases neuronales différentes et correspondent donc à des états mentaux clairement distincts.


b. Empathie et compassion : des aires cérébrales activées différentes


A l’aide de l’Imagerie par Résonance Magnétique Fonctionnelle (IRM-f) qui permet de suivre les changements d’activité du cerveau en temps réel, l’équipe de Tania Singer a pu observer les différences d’activations cérébrales d’une personne face à des images de souffrance, selon qu’elle ressent de l’empathie ou de la compassion.

Celle-ci montre que les réseaux cérébraux activés par la méditation sur la compassion sont très différents de ceux liés à l’empathie.

Pour la compassion : le réseaux lié aux émotions négatives et à la détresse n’était pas activé lors de la méditation sur la compassion, tandis que certaines aires cérébrales traditionnellement associées aux émotions positives, à l’amour maternel, au sentiment d’appartenance, l’étaient.

Pour l'empathie : quand il n’y a ‘que’ présence d’empathie, c’est une partie du réseau cérébral associé à la douleur, tristesse, inquiétude et découragement qui est activée (insulta antérieure et cortex cingulaire).



3. Limites de l’empathie et entraînement de la compassion


Or la résonance empathique avec la douleur peut conduire, lorsqu’elle est maintes et maintes fois répétée, à un épuisement émotionnel, à la détresse ou au burnout. Entrer en résonance avec cette douleur devient alors intolérable.

Matthieu Ricard en fit l’expérience en méditant sur des images de souffrance humaine en ne ressentant ‘que’ de l’empathie. Rapidement cette méditation devint intolérable pour lui. Il bascula alors sa méditation vers l’amour et la compassion. Au lieu de ressentir de la détresse et de l’impuissance difficile à supporter, il ressentit un profond courage lié à l’amour sans limite envers ces personnes en souffrance. Chaque atome de souffrance étant remplacé par un atome d’amour, de tendresse, d’affection, de réconfort.

Pour lui, l’empathie se heurte à une limite, tandis que ça n’est pas le cas de la compassion et de l’amour altruiste qui nourrissent le courage et renforcent la détermination à aider les autres. La compassion et la bienveillance développent chez celui qui les ressent la force d’âme et le désir de venir en aide à autrui.

Les différentes expériences pratiquées montrent également que l’on peut s’entraîner à acquérir ces états d’âmes positifs.

‘Nous avons besoin de la douceur et de la force de la compassion. Plus on est lucide sur ce monde, plus on accepte de le voir tel qu’il est, et plus on se rend à cette évidence : nous ne pouvons rencontrer toutes les souffrances que l’on rencontre dans une vie d’humain, sans cette force et sans cette douceur.’
Christophe André

Sources :

-Ricard M. (2013). Plaidoyer pour l’altruisme. La force de la bienveillance. Nil Editions, p.69-83, 315-317.

-Gomez M (2020). Covid-19 : qu'est-ce qu'un orage de cytokines et pourquoi est-ce une question de vie ou de mort pour les malades ? (en ligne). Disponible sur : https://www.lanutrition.fr/covid-19-voici-pourquoi-il-faudrait-donner-des-perfusions-de-vitamine-c-aux-patients-gravement fbclid=IwAR0Y9YGocRVj1n3ayfUXFYjjNQ32H8F4iN5ByzAoIPbe1tCz5HX_DPcqN90 , (consulté le 30 mars 2020).

-The ReSource Project (2020). (en ligne). Disponible sur : https://www.resource-project.org/en/ . Consulté le 30 mars 2020.

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